ALARONNE ET ASSICIA

            A la fin du cinquième siècle, le royaume Burgonde jouit des équipements crées par les romains. Les villes sont imposantes, avec leurs théâtres, arcs de triomphe, thermes ou arènes. La montée de la population a appelé une intensification des échanges. Un réseau routier a été construit pour faciliter la circulation des marchands, et aussi des légionnaires qui assurent l’ordre. Vienne, la capitale, est reliée à Genève, seconde ville principale, par une voie qui traverse l’actuel Nord-Dauphiné, par Bourgoin, La Tour du Pin, et Aoste. De nombreux bourgs se sont épanouis, avec des maisons couvertes de paille, et un forum, sorte de place du marché où les paysans des environs s’installent pour troquer leur ravitaillement. Aux alentours, les villas englobent la majorité des terres exploitées, et surtout les meilleures. Il est bien certain toutefois, que la majeure partie du sol est recouverte par la forêt, et que les villages sont autant d’enclaves, à l’intérieur des bois.

          Le village d’Alaronne était situé sur le plateau de la colline Rupéenne, colline ravinée sur un flanc par un étroit vallon où s’écoule un ruisseau, parmi de grands arbres qui laissent à peine traverser les clartés du soleil. C’est dans ce sillon que s’installera plus tard le village de Saint-Chef. Alaronne tire, en partie, sa subsistance de la villa Assicia, aujourd’hui Arcisse, qui regroupe les terres de la plaine au levant, et de la villa Fontenaz située sur le plateau, au couchant.

          Les villas sont d’énormes fermes groupant terres labourables et pâturages, autour de vastes bâtiments. Toute villa est au moins double, il y a l’urbana où loge le maître, avec tout le confort à la romaine, et la rusticana, réservée à l’exploitation et au logement des travailleurs. Vu l’efficacité de sa production, le grand domaine s’étend de lui-même, il annexe les terres des petits propriétaires voisins qui viennent solliciter un secours matériel lors des périodes de disette. Depuis quelques temps, le christianisme commence à prendre de l’influence dans le pays, et les maîtres de villas sont presque tous convertis. Comme beaucoup d’autres, celui de la villa Assicia a profité de sa richesse pour faire ériger, à l’intérieur de son domaine, un sanctuaire dédié à saint Maurice. C’est dans ce milieu dévot  que naît, vers l’an 500, Theudère, probable fils du maître de la villa Assicia. Ce jeune homme choisira une carrière religieuse, fondera plusieurs monastères et sera canonisé.

          Dans l’exercice de son sacerdoce, Theudère tournera les yeux du côté du village d’Alaronne, non encore doté d’un établissement religieux. Enflammé d’un zèle immense, il y élèvera une église en l’honneur de saint Pierre, y établira un essaim de moines, il s’y fixera quelque temps, faisant ses délices de l’oraison et des saintes veilles, comme nous le rapporte la légende.

          A Alaronne, la vie est prospère, organisée autour d’un marché important, dont on peut situer l’emplacement car il y a laissé son nom, le quartier du Marchil. Non seulement ces marchés assurent la circulation des produits agricoles, ils attirent aussi les marchands syriens et juifs qui sillonnent le pays. Ces derniers sont les agents actifs du grand commerce. Ils procurent les étoffes précieuses, les épices qu’ils aiment troquer contre de l’or. Le curé Varnet qui publia au 19ème siècle une étude historique sur saint Theudère, prétend  qu’à cette époque remonte la création de la foire traditionnelle de la Madeleine qui se déroule encore chaque année à Saint-Chef.

          Malheureusement le fléau des invasions barbares va s’abattre sur Alaronne. Le village va être anéanti et déserté. Les Hongrois, des cavaliers venus d’Asie centrale, poussèrent longtemps leurs pillages jusqu’au cœur de la France. Les Normands par l’eau des fleuves remontent impunément à l’intérieur des terres. Les sarrasins sont signalés en Dauphiné en 725, et malgré leur défaite contre Charles Martel en 732, repartant de Narbonne ils remontent jusqu’au Lyonnais de 734 à 737. De toutes ces vagues successives, on ne sait pas trop laquelle fut fatale à Alaronne, le curé Varnet qui eut accès à de nombreuses archives religieuses, mentionne la reconstruction du village et de son église près de la villa voisine de Fontenaz, également appelée La Chapelle car s’y trouvait une chapelle dédiée à saint Etienne. Le nom de ce lieu s’est perpétué et désigne encore aujourd’hui un quartier de la commune de Saint-Chef.

 

RETOUR ACCUEIL.        

sp;

RETOUR ACCUEIL.        

/html>