BONNEFONTAINE-(Le Mouret-Suisse)

Premiers pas en Suisse

Ce samedi 19 juin 1982, comme chaque année, M. Grataloup, maire de notre commune, convie son équipe municipale et les employés communaux, accompagnés de leurs conjoints, à une sortie dans un village ou une ville présentant des analogies avec la cité Rupéenne. On profite de l'occasion pour joindre l'utile à l'agréable en confrontant ses problèmes. Cette année, le voyage de nos édiles a revêtu un caractère tout différent puisqu'ils se sont rendus en Suisse, à l'invitation de la ville de Bonnefontaine, dans le canton de Fribourg, la nouvelle patrie de Frédéric Dard, alias commissaire San-Antonio. Ce dernier était en fait l'instigateur de cette journée qui marquera le premier acte d'un jumelage entre les deux cités.

On se souvient de l'accueil chaleureux que les Saint-Cheffois avaient fait aux Suisses, en mai de l'année dernière, quand ils avaient accompagné Frédéric Dard en Dauphiné, quand il fut fait citoyen d'honneur. Nos voisins helvètes ne voulaient pas être en reste, aussi avaient-ils parfaitement organisé ce week-end. M. Baeriswyl, syndic (maire) de Bonnefontaine, accueillit ses visiteurs vers 18 heures, sous des banderoles souhaitant la bienvenue. Il leur dévoila les charmes de son village dont la chorale fit une nouvelle fois apprécier son talent, au cours d'une sympathique réception officielle donnée sur la place du village, parmi de magnifiques décors floraux bleus blancs rouges, et une multitude de petits drapeaux tricolores. Tout le monde fut ensuite convié à un buffet campagnard servi dans la propriété même de Frédéric Dard. Toute la population de Bonnefontaine était là, musique en tête, et la fête s'est prolongée jusqu'à une heure avancée de la nuit. Quand les flonflons se sont tus, les représentants de notre village de Saint-Chef ont été partagés entre les familles locales et purent goûter à un sommeil réparateur "chez l'habitant". Dimanche après-midi, le car prit la route du retour, les valises et les coeurs pleins de souvenirs merveilleux. Précisons que M. Grataloup a fait le voyage avec sa voiture personnelle pour conduire avec un maximum de confort Marie Tabardel, la seconde maman du grand écrivain, auprès de son "enfant terrible".

Second acte à Saint-Chef

C'est le samedi 19 juin 1983, vers 18 heures, que les Saint-Cheffois anxieux attendaient l'arrivée du car en provenance de Bonnefontaine, ils étaient impatients de lier connaissance avec leurs hôtes du week-end. Pierre Grataloup, maire de la cité rupéenne, était à bord depuis la sortie de l'autoroute à Bourgoin-Jallieu, et leur avait montré au passage la maison natale de Frédéric Dard. Dès que les responsables eurent réparti les invités dans les familles d'accueil, un flot de questions fusa de toutes les bouches, et dans toutes les maisons les retrouvailles ou les premiers liens se tissaient entre les deux communautés, autour de l'irremplaçable verre de l'amitié. Les barrières du nationalisme avaient totalement disparu quand, vers 21 heures, tout le monde se rassemblait pour une soirée musicale de qualité, autour d'un copieux buffet campagnard préparé par le chef Fabry, de la "Taverne Rustique". L'harmonie de Bourgoin-Jallieu dispensa un superbe récital, et la toute nouvelle chorale de Saint-Chef montra qu'elle pouvait soutenir la comparaison avec des groupes vocaux plus expérimentés. Les heures s'écoulaient trop vite, il fallait déjà songer à rentrer pour prendre un peu de sommeil avant d'aborder la deuxième journée de festivités, dont le point d'orgue fut la cérémonie du jumelage en présence de nombreuses personnalités.

A l'heure de l'officialisation de cette union, Pierre Grataloup rappela les différentes étapes qui avaient présidé au rapprochement entre les deux villages. Jean Baeriswyl, syndic de Bonnefontaine, remercia les Saint-Cheffois de leur accueil si généreux, si spontané, si sympathique. Frédéric Dard laissa parler son coeur, déclarant toute son émotion de voir le pays de son aurore, et le pays de son crépuscule s'unir en une même fête de la fraternité. Louis Mermaz, président de l'assemblée nationale, troisième personnage de l'état, trouva les mots qu'il fallait pour parler de ce rapprochement franco-suisse placé sous le signe des échanges cordiaux entre deux pays très proches l'un de l'autre. Enfin on procéda à l'échange des cadeaux. Jean Baeriswyl reçut les clés de la ville de Saint-Chef, forgées par deux artisans du pays, et fut fait citoyen d'honneur. Pierre Grataloup reçut un superbe vitrail, avant que l'acte officiel authentifiant le jumelage ne fût paraphé par les édiles et la population. Il restait encore à boire l'apéritif et à déjeuner entre amis au restaurant Bouvier. En France, c'est bien connu, tout finit par des chansons, après le repas, la chorale de Bonnefontaine redonna un aperçu de son immense talent. Plus tard il fallut bien se séparer... Mais ce n'était pas un adieu, juste un au revoir revoir.

Tourisme à Bonnefontaine

aussitôt le jumelage officiellement concrétisé, par petits groupes, en voitures particulières, les Saint-Cheffois partent à la découverte de la cité helvétique. Situé sur les premiers contreforts des préalpes suisses, Bonnefontaine est un village étiré au long d'une petite route qui serpente parmi les collines et les vallons d'un paysage noyé dans la verdure des forêts et des prairies. Éparpillées entre 7 et 800 mètres d'altitude, les maisons sont pittoresques, la plupart disposent d'un large avant-toit protégeant de la neige un balcon en bois, matériau également utilisé fréquemment comme couverture ou revêtement de façade. Quand on fait le tour du village on est frappé par la netteté des propriétés. On ne voit pas une haie qui ne soit entretenue, les nombreuses pelouses sont de frais tondues, les cours sont rangées impeccablement et la plus grande propreté est de rigueur. Les quatre heures de route sont vite effacées par le silence reposant de ce calme village bercé par le clapotis de nombreux ruisseaux et de maintes fontaines. Ce début de première journée va être consacré à la visite de la région.

La visite des environs nous conduit à longer le lac de la Gruyère, un curieux lac artificiel qui s'étire sur douze kilomètres, alors qu'il n'excède pas quelques dizaines de mètres de large. Bientôt nos guides nous font escalader les premières rampes d'une étroite route de montagne, jusqu'à un parking au milieu de la forêt. Un sentier y prend naissance et s'élève au coeur des riantes prairies d'alpages. Un troupeau de vaches badaudes nous suit du regard et le tintement de leurs cloches rythme nos pas hésitants sur les pierres mouvantes. Cette petite marche nous amène à 1500 mètres d'altitude, vers un chalet où les bêtes rentrent à l'heure de la traite. Le vacher s'affaire à la fabrication de quelques meules du célèbre fromage de Gruyère, tandis que la maîtresse de maison met ses talents de cuisinière au service du public... Une bonne odeur culinaire nous pousse vers la grande table dressée à l'étage... Bien repus, nos hôtes nous invitent à nous rendre à Gruyère, un bourg dominé par un château médiéval et où un débit de boisson propose le café de l'amitié. Cette spécialité est servie dans une espèce de cocotte en bois dont le couvercle comporte plusieurs tubes par lesquels chacun des convives suçote, à tour de rôle, un café léger, fortement additionné d'eau de vie, un breuvage hautement énergétique.

La matinée du lendemain fut consacrée à la visite de Bonnefontaine, et la première curiosité que l'on souhaita connaître fut la "bonne fontaine". Et bien force nous fut de constater que de nombreuses fontaines miroitaient les cours des particuliers, mais qu'aucune ne figurait sur la place du village. L'office religieux venait de se terminer et les fidèles se dispersaient. Beaucoup étaient vêtus de la tenue traditionnelle que les Saint-Cheffois ont pu admirer lors de la prestation de la chorale de Bonnefontaine. Les commerces y sont rares, hormis un bureau de poste et un grand café restaurant, la seule boutique du village est une épicerie, fort bien achalandée il est vrai. Bonnefontaine est situé en pleine zone agricole à vocation fromagère, et les fermes y sont nombreuses. Cette zone est protégée et les cultures sont réglementées, notamment le maïs dont l'ensilage pourrait donner un goût désagréable au lait, donc au fromage. Ainsi la quasi totalité des terrains sont en prairies, que l'ont travaille avec de petites moto-faucheuses.

Cette visite ne pouvait se terminer que dans une taverne, et comme celle du pays est fermée on se rend au village voisin de St-Sylvester, pour un nouveau dépaysement puisqu'on y parle officiellement l'allemand. Mais la convivialité ne connaît pas de frontière et cette anecdote ne fera qu'enrichir les merveilleux souvenirs de ce week-end.

 

 

Appendice

Le 14 juin 2003 la cité de Bonnefontaine a uni son destin avec cinq de ses voisines, Essert, Montévraz, Oberried, Praroman, et Zénovan, pour constituer une nouvelle entité administrative dont le nom est "Le Mouret".

Le Mouret, anciennement lieu-dit, se situe à un carrefour sur la route cantonale de Fribourg, desservant tous les points cardinaux. A l'Est, la route de la Singine, à l'Ouest, la route d'Ependes/Arconciel, au Sud, la Gruyère et au Nord Fribourg. Les principales constructions de cet ancien lieu-dit se situaient sur plusieurs "anciennes communes" comme le café de la Croix-Blanche sur Praroman et Montévraz, la Gendarmerie sur Essert et le quartier de l'ancienne tuilerie sur la toujours actuelle comme de Ferpicloz qui n'a pas adhérée à la fusion. Bien avant la fusion politique de 2003, plusieurs sociétés artisanales, culturelles ou sportives étaient unies sous le patronyme du Mouret.

Cette nouvelle communauté regroupe désormais 2700 habitants, parmi lesquels Nicolas Lauper, député de la circonscription. Son premier syndic (maire) est Thierry Ackermann. Un nouveau coeur de la ville a déjà été construit au travers d'un vaste bâtiment administratif et l'on peut imaginer l'implantation de nouveaux quartiers. Le jumelage avec cette nouvelle entité allait de soi...Les 2 et 3 octobre 2004, les Saint Cheffois accueillaient une délégation helvétique et les actes officiels d'une nouvelle union symbolique étaient signés par mrs Ackermann et Fanget premiers magistrats des deux communautés.

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par mrs Ackermann et Fanget premiers magistrats des deux communautés.

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