CARDINAL HUGUES DE SAINT-CHEF

Il nous est parvenu la biographie d'un Saint-Cheffois éminent, en la personne de Hugues Celidorio qui deviendra le cardinal Hugues de Saint-Chef, parfois orthographié Hughes, Hugo et de Saint Cher, Sancto Caro ou Sancto Theodorio..

Hugues est né à Saint-Chef même, en 1195, dans une famille originaire de Bourgoin. Doué, d'un excellent naturel, d'un esprit juste et élevé, le jeune Celidorio, après ses premières études faites au monastère de Saint-Chef, fut envoyé étudier à Paris auprès de Pierre de Corbeil, évêque de Sens et disciple de l'insatiable Hugues de Saint Victor, cet humaniste qui recommandait de tout apprendre car rien n'est inutile. Hugues Celidorio de Saint Chef, après avoir achevé son cours de philosophie et de théologie, obtint le grade de bachelier, chose très rare pour l'époque. Ceci n'avait rien à voir avec le baccalauréat actuel, cela signifiait qu'il avait passé brillamment tous les degrés de théologie, et à titre indicatif nous préciserons que les statuts de l'université de Paris promulgués en 1215 fixaient à huit ans la durée des études de théologie. Il aborda alors avec ardeur et succès l'étude du droit canonique.Par la suite il accéda à la chaire de droit de la faculté de Paris et connut un énorme succès, ses nombreux auditeurs le tenaient en très haute estime. Cette réputation se répand au-delà des frontières puisque le prince Guillaume de Savoie le charge de ses affaires à Paris. Parmi ses élèves nous citerons Humbert de Romans qui enseignera lui aussi le droit à l'université de Paris, et Jean de Trévise qui publiera une somme théologique en 1235.

Cependant, ni les préoccupations de l'étude, ni l'admiration de ses élèves, ni la perspective d'un brillant avenir, ne parvenaient à captiver son coeur. Il était secrètement tourmenté par le désir de se consacrer à Dieu. Le 22 février 1225, il reçoit l'habit des Dominicains et se voue à la vie religieuse monacale, tout en continuant à orner son esprit de toutes sortes de connaissances. Dès 1228 il est promu Provincial de France dans l'ordre de Saint-Dominique, c'est-à-dire à la tête de cet ordre pour tout le pays, et à ce titre il parcourt l'Europe. En 1230 il est relevé de sa charge pour être poussé aux grades supérieurs de l'université de théologie de Paris. Le pape Grégoire IV l'envoya en 1233 comme nonce apostolique en Orient, à la réunion de l'église grecque et de l'église latine de Constantinople.En 1240 il est à nouveau porté Provincial de France des Dominicains.

Il entreprend en 1236, à la tête de 500 religieux , un travail immense qui est fort apprécié encore aujourd'hui par les prédicateurs et les théologiens. Cette oeuvre est répartie sous 3 titres: Le Postillae, Le Correctorium, et la Concordance. Le Postillae est un commentaire, né de sa propre méditation, de l'ensemble des écritures, de la Génèse à l'Apocalypse. Le Correctorium, tente de corriger des traductions erronées de la Vulgate, cependant pour ce faire Hugues est parti du postulat que Saint Jérôme n'en était pas le traducteur, or le concile de Trente l'authentifia, ultérieurement au seizième siècle, et tout ce travail de Hugues fut alors discrédité. La Concordance indique aux étudiants des Saintes Ecritures dans quelle partie de la Bible ils peuvent retrouver un mot précis, son contexte et sa définition exacte. Le Postillae a fait l'objet de nombreuses rééditions jusqu'au 17ème siècle. La Concordance, première du genre, fait encore aujourd'hui référence, et est devenue un modèle pour toutes les publications de cette sorte qui ont suivi. Le cardinal Hugues de Saint Chef a réalisé également de nombreuses oeuvres plus courtes parmi lesquelles on peut mentionner 430 homélies, Speculum Sacerdotum et Ecclesiae, Commentariusdes Libros Sententiarum, etc..

Le 28 mai 1244, le pape Innocent IV lui confère la dignité de Cardinal, et il participe au concile de Lyon en 1245.Il est alors nommé légat de Germanie, un secteur qui regroupe les territoires actuels de la Belgique, de la Hollande, de l'Allemagne et de la Pologne. Ses qualités diplomatiques lui permettent de reserrer les liens entre les chrétiens d"Europe. Il corrige de nombreux abus qui s'étaient enracinés dans les peuples et dans le clergé. Il conduit un renouvellement de la vie religieuse et de la discipline écclésiastique notament dans l'ordre des Carmélites.

Il n'en oublie pas pour autant le monastère de son pays natal, Saint-Chef, qui reçût de sa part en 1247,une extension de son autorité et de ses revenus sur les prieurés de Jallieu, Saint-Alban de Roche, Crémieu et La Tour-du-Pin.

Après avoir loyalement servi 3 papes, le 19 mars 1263, il s'éteint, et le pape lui même célébra ses funérailles en grandes pompes à Orvieto, en Italie, dont il était le cardinal. Son corps fut rapatrié, et il fut inhumé à Lyon et sur son tombeau on grava ce remarquable éloge:"la sagesse, à sa mort, a souffert une éclipse".

NOTE: la représentation de Hugues de Saint-Chef est tirée des vitraux de la façade ouest de l'église abbatiale, au dessus du portail.

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