LE COMICE AGRICOLE

Parmi les grandes traditions qui ont marqué le monde rural du Dauphiné et tout particulièrement de Saint-Chef, figurent les comices agricoles. Une fois par an, ces grandes manifestations populaires sont initiées par des associations de propriétaires ruraux et d'exploitants, pour favoriser le développement de l'agriculture au travers de concours et la distribution de récompenses. Ces confrontations professionnelles se limitent généralement au périmètre d'un canton, et se déplacent chaque été dans une commune différente. Les villages qui les accueillent mettent un point d'honneur à entourer cet événement de festivités populaires grandioses, dont l'apothéose est souvent un corso où figure un "char royal".Saint-Chef fut le cadre de trois comices agricoles, je vous propose de revivre l'organisation et le déroulement de la dernière édition, en août 1983.

C'est en janvier 1982 que notre commune est pressentie par le syndicat d'élevage du canton pour pour palier au pied levé à la défection du village de Meyrié. La municipalité provoque une réunion publique le samedi 13 février où sont invités les responsables des associations locales, en présence de François Paillet, président, et Lucien Durand, vice-président de la société d'élevage. Les 50 personnes assistant à cette réunion sont pratiquement unanimes pour juger le délai de mise au point et de préparation, trop court pour que la manifestation connaisse un succès populaire et financier incontestable. Maître Grataloup déclina donc la proposition, mais l'unanimité se manifesta encore pour que Saint-Chef dépose sa candidature à l'organisation de l'édition de l'année suivante. François Paillet en prend bonne note et son accord interviendra en août. Le conseil municipal réunit le 8 octobre entérine la décision et décide d'une nouvelle réunion préliminaire courant novembre.

Le syndicat d'élevage prend à son compte la partie agricole, c'est à dire le concours de bétail et de produits, l'exposition de matériel, la remise des prix. Le concours de labour sera mis au point par le centre des jeunes agriculteurs. Les Saint-Cheffois ont la charge de toutes les infrastructures, de l'animation des 2 jours, des buvettes, du banquet officiel, et du corso. Les premiers détails de l'organisation sont de suite évoqués. Le choix de l'emplacement se porte sur le quartier des Môles, sous le stade, les exploitants des terrains, messieurs Couilloud, Durand et Gay ayant ensemencé du blé, les espaces nécessaires seront libres en août. Des contacts seront pris avec Mme Guillot pour utiliser quelques terrains lui appartenant. On aborde ensuite la définition de la date. François Paillet rappelle que le comice du canton de Crémieu aura lieu le dernier dimanche d'août, deux solutions sont possibles, la semaine précédente ou la suivante. Les boulistes et les vacanciers d'août penchent pour le premier week-end de septembre, les agriculteurs et les footballeurs préfèrent le troisième d'août et finalement les 20 et 21 août sont retenus. Enfin la discussion porte sur les festivités qui doivent se dérouler le dimanche, la société d'élevage informant du souhait de certaines personnes de remplacer le corso par une autre forme d'attraction, jeux intervillage par exemple; Henri Latour au nom du club de football pense quant à lui que le maintien du défilé de chars est préférable, et c'est cette formule qui sera maintenue car elle semble la meilleure pour attirer le public.

Le vendredi 7 janvier toute la population est conviée à l'assemblée générale du comice agricole et plus de 80 personnes se retrouvent à la Maison pour Tous. Après avoir passé en revue le schéma directeur de cette manifestation, on aborde la préparation du corso et la nécessité pour la commune de présenter une dizaine de chars. Afin que toute la population puisse participer à leur réalisation il est décidé d'en préparer un par quartier, écartant ainsi la responsabilité des associations locales qui ne touchent qu'une partie des habitants. On procède à un découpage du territoire, et on désigne les responsables de chars suivants: Jacqueline Ducamp pour le Bourg, Fernand Durand et Maurice Lyonnard pour Crucilleux, Gérard Cottaz pour Arcisse et Cassière, Alain Casseville pour Trieux et le Mont, Michel Molinès pour les Môles, Marie-Jo Buyat et Fanfan Perret pour Versin et le Clair, Patricia Chanrion pour Chamont et le Rondeau, Gérard Gallay et Moïse Beyle pour le Marchil Chambenard et le Château, Alix Bréchet pour le Rivier la Chapelle Laval et le Moulin-Vieux, André Bellon pour Fretière et la Biousse. Au cours de cette assemblée générale, un conseil d'administration de 36 membres est également dégagé. Une semaine plus tard le conseil d'administration se réunit pour élire un bureau et se répartir dans les commissions de travail. André Bellon devient président du comité d'organisation, Alix Bréchet et Alain Casseville sont vice-présidents, Gérard Gallay trésorier, Raymond Ametter trésorier-adjoint, Patricia Chanrion secrétaire, et Michel Teillon secrétaire-adjoint. Cinq commissions sont créées et leurs responsables sont désignés comme suit: Fanfan Perret, Christian Guillermard et Robert Buyat pour animations et corso; Joseph Guillaume et Louis Val pour terrains parkings et police; Jo Bouvier et Yvette Chanrion pour publicités et tombolas; Louis Seigner et Marcel Cotte pour matériel agricole et bétail; Henri Latour, Jacqueline Ducamp et Jean Forray pour buvettes et buffet.

Les commissions attaquent leurs tâches avec dynamisme et les premières décisions sont prises avant la fin janvier. Le chapiteau sera installé sur le terrain d'entraînement de football, la présentation du bétail sur la parcelle Durand, la buvette et le podium sur le terrain Couilloud, les propriétés Guallo et Guillot constitueront les parkings ouest, alors que les parkings est seront à droite de la route de Trieux, sur les parcelles Couilloud, Durand et Budin. Le concours de labour se déroulera au Grand-Champ sur le terrain Val, le corso partira du château du Marchil et arrivera vers le podium par les parkings ouest. Pour assurer une certaine assise au montage financier de l'opération et pour se parer des intempéries toujours possibles le jour du comice, on décide de réaliser une brochure publicitaire, de vendre des objets promotionnels, en l'occurrence des bobs, et d'organiser le bal de l'agriculture au cours duquel sera présentée la reine du comice, le samedi 9 juillet dans une salle des fêtes environnantes. Les réunions de quartier vont bon train pour choisir un thème de char et aussitôt les décisions prises, les veillées s'organisent pour la confection de milliers de fleurs en papier.

Les membres du bureau coordonnent l'ensemble, et assurent la cohérence avec la syndicat d'élevage du canton. Des stands sont montés sur la foire de Bourgoin, la foire de Saint-Savin, et le marché de Saint-Chef pour vendre des cartes d'entrée au bal de l'agriculture, des billets de tombola, et des bobs.. C'est le dimanche 22 mai qu'est désignée la reine du comice, par tirage au sort. Quatre jeunes filles se sont portées candidates, Isabelle Tavernaud, Lucienne Desvignes, Monique Cotte, Monique Charvet; on décide d'emblée d'adjoindre 3 demoiselles d'honneur à sa majesté afin qu'aucune ne se retrouve rejetée. Cependant Monique Cotte, domiciliée à Saint-Savin, ne peut prétendre au titre suprême, elle aura même la lourde tâche de procéder au tirage, et c'est Monique Charvet que le sort choisira. Le comité d'organisation ne manque pas son premier rendez-vous avec le succès. Le samedi 9 juillet, le bal de l'agriculture, avec ses 450 entrées payantes, remplit copieusement la salle des fêtes de Salagnon, la formule "sur invitations" évitant bien des tourments, l'ambiance fut des meilleures et la piste de danse était encore comble lorsque l'orchestre de André Gilbert termina sa prestation. A minuit la future reine et ses dauphines furent présentées officiellement et purent découvrir les nombreux cadeaux offerts par les commerçants du canton et les organisateurs.

Cette première étape de la course de longue haleine que représente l'organisation du comice agricole est fort encourageante, mais la réussite finale dans cette épreuve, le comité d'organisation ne peut l'obtenir seul. Il faut savoir que des centaines d'heures de travail seront nécessaires pour monter les infrastructures sur le terrain, par ailleurs on estime a plus de 200 personnes l'effectif indispensable pour servir à la buvette, préparer des sandwichs, vendre des cocardes, faire garer les véhicules, etc... Une nouvelle assemblée générale est organisée le vendredi 22 juillet. En présence de toutes les parties prenantes, on décide que le partage des bénéfices se fera au prorata du travail des membres des associations de la commune. A l'issue d'une étude précise et minutieuse des besoins en personnel on réalise un planning avec 650 vacations qui varient entre 2 et 4 heures. Par la suite 210 personnes différentes se porteront volontaires pour assumer ces vacations, elles choisiront à quelles associations elles affectent leur participation et selon quelle répartition. Chacune a reçu une convocation écrite, et le planning prévu sera parfaitement respecté. La réussite passe aussi par une bonne campagne publicitaire. Deux équipes de colleurs d'affiches sont constituées pour sillonner toute la région, avec Jean Bellefin, Roger Barbier, André Bellon, Georges Gulliet, René Melzzani, Léon Rougelin. La presse écrite est largement mise à contribution en donnant de fréquents comptes rendus de l'avancement des travaux préparatoires et en annonçant maintes fois le programme au travers d'articles présentant des points de détail. Des courriers sont adressés aux radios locales et nationales, le comice est annoncé par Europe n°1 et Radio Monté Carlo, alors que FR3 Radio Lyon (future France Bleu) interviewe en direct Patricia Chanrion, secrétaire du comité d'organisation, le samedi matin du comice.

La journée du samedi 20 août débute par l'accueil des exposants dès 7 heures. Vers 8h45 plus de 100 bovins, et 10 équidés sont en place. 5 bancs présentent des légumes et des volailles. 7 distributeurs de matériel agricole sont à pied d'oeuvre, de même que 3 concessionnaires automobiles et 8 stands de fournitures diverses pour les professionnels de la terre. Les visiteurs sont nombreux, ils côtoient vers 11h30 un imposant cortège officiel avec M. Mermaz président de l'assemblée nationale, M. Rondepierre sous-préfet, MM. Jargot et Espagnac sénateurs, M. Oudot conseiller régional et maire de Bourgoin, MM. Rabatel et Roy conseillers généraux, M. Blanchet de la chambre d'agriculture, M. Gallin-Martel de la direction départementale de l'agriculture, M. Beaufrère de la direction des services vétérinaires, M. Cholat vice président de la chambre de commerce, les maires des communes du canton, les représentants des caisses de crédit agricole et des différents syndicats des professions agricoles, conduits bien entendu par François Paillet président du syndicat d'élevage du canton, André Bellon président du comité d'organisation, et maître Pierre Grataloup président de l'association des maires de l'Isère et maire de Saint-Chef, et évidemment la reine du comice Monique Charvet entourée de ses 3 demoiselles d'honneur. Puis vient l'heure du grand apéritif d'honneur offert par Pastis 51, suivi du banquet officiel et public , sous le chapiteau. Ce repas de retrouvailles est toujours marqué par des allocutions bien senties. André Bellon ouvre le feu en disant tout le plaisir qu'il éprouve à conduire l'équipe dynamique et tout les habitants de la commune qui contribuent à la réussite de cette manifestation; Maître Grataloup souligne la solidarité des Saint-Cheffois qui restent très attachés aux traditions de l'agriculture; François Paillet remercie les exploitants qui font l'effort de venir présenter leur bétail; René Blanchet présenta les doléances du monde agricole; Edmond Roy confirme que le conseil général est prêt au dialogue; m. Rondepierre souligne la place occupée par l'agriculture; enfin Louis Mermaz aborde de front tous les thèmes faisant l'objet de préoccupations. 209 convives ont pris part à ce banquet préparé de main de maître par le chef René Seigle autour d'un jambon cru de Parme, d'un médaillon de cailles aux morilles, d'un saumon chaud au coulis d'écrevisses et d'une pièce de charolais braisée. A l'issue du repas se déroule la lecture du palmarès des nombreuses catégories de bétail en compétition, avec présentation des vainqueurs. Cependant une animation en deux temps est prévue, avec une démonstration équestre, suivie d'une démonstration de chiens de défense. On s'affaire alors pour changer la configuration du chapiteau qui doit recevoir la soirée choucroute animée par l'orchestre tyrolien de Fred Kohler dont la réputation a largement dépassé les frontières de l'hexagone. L'affluence dépasse les prévisions les plus optimistes: 830 choucroutes servies et 310 entrées payantes sans repas. Le stock de bière doit être renouvelé en cours de soirée, le nombre de bouteilles de vin d'Alsace est également trop juste. L'ambiance est exceptionnelle, la bonne humeur se prolonge indéfiniment.

Le dimanche 21 août, le réveil n'est pas facile pour beaucoup de bénévoles, mais la buvette décentralisée est prête dès 8h30 sur le plateau du Grand-Champ près du lieu d'évolution des 21 concurrents du concours de labour. Le site central du quartier des Môles reçoit quant à lui une messe en plein air relevée par des sonneries aux cors de chasse à l'issue de laquelle les prix de l'exposition-concours sont remis aux heureux vainqueurs. Vers 12 h 30 une centaine de plateaux-repas froids sont à disposition sous le chapiteau, il en aurait fallu le double... Nombreux sont ceux qui n'auront pas le temps de manger pour être opérationnels dès 14 heures vers le château du Marchil pour établir le grand ordonnancement du corso, ou tout simplement pour mettre une dernière retouche et défiler auprès du char de son quartier. Une foule très nombreuse s'est donné rendez-vous tout au long du parcours qui emprunte la traversée du village, elle applaudit au passage du corso qui comprend 17 chars, et 3 groupes de fanfares et majorettes de Saint-Just Chaleyssin, Morestel et Trept. Les vacanciers mêlés aux habitants de la région ont envahi les rues et les places empruntées par cette marche fantastique, retardant parfois son évolution. Des dizaines de kilos de confettis sont échangées dans la bonne humeur, les spectateurs emboîtent le pas du char de la reine qui clôture le défilé, le terrain du podium est submergé par une véritable marée humaine qui prend d'assaut les 90 mètres linéaires de buvette. Le jury procède à deux classements, un pour les chars de Saint-Chef, et un pour ceux des autres communes; cependant sachant que tous ont été préparés longuement, et avec beaucoup de cœur tous les participants reçurent la même allocation en espèces, les deux premiers étant distingués par une coupe. Cette ultime cérémonie touche à sa fin quand les premières gouttes d'un orage font leur apparition, comme si le ciel lui-même versait une larme de regret en voyant se terminer deux jours de fête placés sous les signes conjugués de la solidarité et de l'amitié. Il ne reste plus qu'à faire place nette, et toute la journée du lundi y sera consacrée par une vingtaine de volontaires.

les Thèmes des chars: Nivolas:l'église de Vermelle, et le canard; Ruy:le soulier qui vole; Maubec:le petit train; Saint-Savin:l'école1900 et ses majorettes; Salagnon:la mére poule; Sérézin:le château de Quinsonnas. En ce qui concerne Saint-Chef: le Bourg:char de la reine; le Rivier:la noce 1900; Versin:la corbeille de fruits; Chamont:la théière chinoise; Trieux:trois petits cochons; Crucilleux:les vendanges; Arcisse:les abeilles; les Môles:le moulin; le Marchil:le château du Marchil; la Biousse:les Schtroumpfs.

 

Quelques chiffres:

Les services de gendarmerie ont estimé à 2500 les visiteurs du samedi, et à 12000 les spectateurs du corso. Les buvettes extérieures, non compris la soirée choucroute, ont vendu 3146 bières, 2934 orangina, 1008 perrier, 626 coca-cola, 1104 gini, 264 litres de limonade, 429 litres de blanc de pays, 336 litres de rouge de pays, 201 litres de pastis, 20 litres de martini. Le buffet a débité 29 kg de rosettes, 35 kilos d'épaule moulée, 50 kg de merguez, 20 kg de godiveaux, et 230 kg de frites.

Les 210 personnes qui ont occupé les postes de travail, toutes celles qui ont participé au montage ou au démontage des infrastructures, ainsi que toutes celles qui ont apporté leur contribution, si petite qu'elle fut, tout le monde a été convié à un buffet campagnard dansant gratuit.

Quand tout fut payé, il restait un bénéfice net de 98491,00 francs qui fut partagé entre les associations locales selon la règle préalablement définie. Voici les sommes qu'elles reçurent: UMAC:6792,50F; ACCA:8046,50F; Aide à Domicile:6165,50F; ASBasket 9806,50F; Maison pour Tous:9091,50F; Sapeurs Pompiers:7210,50F; ASFootball:12476,50F; Sou des Écoles:10807,50F; AFAChatriron:4493,50F; Boule Rupéenne:3492,50F; Club du 3ème Âge:2612,50F; FNACA:5747,50F; Bureau Aide Sociale:4702,50F; Anciens Prisonniers:1567,50F; Gaule Rupéenne:3492,50F; Syndicat d'Initiative:1985,50F.

NB: Tout le déroulement du comice agricole de 1983 a été filmé par le Ciné-club de Nivolas et un film super 8 de 2 heures, déposé en mairie, garde pour la postérité les grands moments de la fête de tout un village.

C'est depuis le comice agricole de 1983 que les habitants de chaque quartier ou hameaux ont pris l'habitude de se rassembler périodiquement pour des retrouvailles chaleureuses et de joyeuses agapes.

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