ORGUE

Il serait dommage de visiter l'église abbatiale de Saint-Chef sans s'attarder devant l'orgue qui en orne le choeur. Depuis un arrêté ministériel du 9 mars 1979, ce vénérable instrument est lui-même classé monument historique.

A l'origine, il fut installé en 1840 dans la chapelle du Collège de Lyon, devenu par la suite Lycée Ampère. Cette chapelle, au coeur de la presqu'ile du confluent de la Saône et du Rhône, n'est autre que l'ancienne église de la Trinité, construite par les jésuites en 1617, qui fut un haut lieu de la musique baroque et du chant, au XVIIème et XVIIIème siècle en raison de son accoustique exceptionnelle.Bien que rénovée à la fin du XIXème, la chapelle sombre dans l'abandon le plus total, et est même livrée au pillage. Beaucoup de ses richesses disparaissent, et l'orgue est menacé. Mis au fait de ces outrages, Maitre Claude Grataloup, notaire à Saint-Chef et organiste lui-même, en fit l'acquisition de l'état le 13 juillet 1920.

Construit par le facteur d'orgues Ignace Collinet vers 1840, cet instrument d'inspiration classique est constitué de dix-huit jeux, pourvu de deux claviers, grand orgue et récit, et d'un pédalier à six commandes. Il est parfaitement adapté pour restituer les timbres et les harmonies du répertoire pré-romantique.

C'est sur cet instrument que Charles Marie Widor fit ses débuts d'organiste dès l'âge de onze ans. Né à Lyon en 1844, ce grand musicien français fut titulaire de l'orgue Saint Sulpice à Paris, professeur d'orgue de 1891 à 1896, puis de composition de 1896 à 1905, au conservatoire de Paris. Il connut la consécration par son admission à l'académie des Beaux Arts en 1910, et fut croqué par son contemporain Léon Bonnat portraitiste en vogue dont la toile trône Salle Gaveau, haut lieu parisien de la musique classique.

Henri Wolf, facteur d'orgue à Fribourg en Suisse, reçoit de Claude Grataloup la mission de restaurer l'instrument et de le transférer dans l'église abbatiale de Saint-Chef. Très fragiles, les orgues sont surtout sensibles à la chaleur et aux variations de température, mais ici les conditions sont extrêmement favorables.

Bientôt l'intérêt de l'orgue et les qualités acoustiques du lieu vont attirer dans le village de nombreux musiciens, choristes, ou solistes. Un premier récital d'orgue et de chant fut donné le 13 juin 1926 par Fernand Lemaire, organiste, professeur au conservatoire de Lyon et ténor de l'opéra. Beaucoup d'autres perpétueront jusqu'à nos jours la vocation musicale de l'église abbatiale de Saint-Chef.

Les héritiers de Maitre Claude Grataloup firent don de cet instrument de musique en 1978 à la commune de Saint-Chef, et depuis 1979 il est contrôlé par le service des monuments historiques. Après soixante ans de service dans l'église abbatiale, un important entretien de fond fut entrepris en 1982. Certains éléments ont été changés en raison de leur usure, et d'autres rapportés après sa construction ont été remplacés, pour lui restituer sa forme originelle d'orgue classique.

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