RAYONNEMENT MILITAIRE

La guerre contre les Torchefelon.

Depuis 1402, la tour du Poulet n'est plus que le dernier vestige du château féodal qui assurait la protection du monastère et du bourg de Saint-Chef. Les dignités écclésiastiques étaient ordinairement réservées à des fils de nobles et servaient à pourvoir d'un bon revenu les cadets des grandes familles. Ceux-ci continuaient souvent à vivre comme des seigneur laïques, ils allaient à la chasse, et à la guerre, et en bons suzerains, ils disposaient de vassaux.

Par ailleurs, le droit féodal obligeait les vassaux à rendre hommage, payer un impôt, à leur suzerain chaque fois qu'ils étendaient leur domaine.Aussi lorsque la famille de Torchefelon récupère, entre autres, la maison forte de Montcarra, Thibaud de Rougemont, abbé de Saint Chef et archévêque de Vienne, lui réclame son dû.Les frères, Guyonnet de Torchefelon seigneur de Ponterray et de Mornas, et Jean de Torchefelon seigneur de Montcarra et du Chatelard de Cessieu, refusèrent catégoriquement.

Blessé dans son amour-propre, l'abbé leva une armée et, le 17 avril 1402, attaqua par surprise la maison forte de Montcarra et la livra aux flammes. Le 20 avril, les troupes assiègent la maison forte du Chatelard de Cessieu qu'elles incendient, puis le même jour elles attaquent la tour de Mornas et la brûlent également.La déclaration de guerre prenait donc une double tournure, envers les deux frères. Les Torchefelon réunirent aussitôt leurs alliés, leurs parents, leurs vassaux et quelques aventuriers, dans la plaine de Cessieu. La décision était prise de mener des représailles et le premier objectif qu'ils se fixèrent fut le château de Saint-Chef.L'attaque rondement menée, le château fut pillé puis incendié, mais les Torchefelon n'en restèrent pas là, sous prétexte de faire la guerre à l'archévêque, ils commirent de grands ravages dans la région de La Tour Du Pin et dans tout le Viennois. Tous ces ravages appelaient la revanche et en 1404, les troupes de Thibaud de Rougemont vinrent assiéger le château de Ponterray. Les défenseurs furent tous pendus sur place, mais les frères Torchefelon en réchappèrent et reprirent les hostilités.

Il fallut une intervention simultanée du Roi et du Pape pour mettre fin aux combats. L'archévêque se voyait déplacé à Besançon, et au début de 1405 la paix était revenue. En pleine guerre de 100 ans, le bas Dauphiné avait connu trois ans de lutte sans merci.

Photo: la tour du Poulet, seul vestige du château de l'abbaye, est encore debout aujourd'hui, noyé dans la verdure qui pousse sur ses épaisses murailles.

Le 1er août 1789," la garde et milice bourgeoise de Lyon", à Saint-Chef.

La période qui suit la prise de la Bastille est particulièrement instable; le pays est livré aux exactions de multiples bandes de pillards qui rançonnent religieux ou civils, et dévastent villes, villages et propriétés. Les forces de l'ordre sont totalement inefficaces et, dans la ville de Lyon, une "garde et milice bourgeoise" voit le jour pour tenter de s'opposer aux fauteurs de troubles (révolutionnaires?). Pour montrer la preuve éclatante du patriotisme qui anime les habitants de Lyon ainsi que les sentiments d'union et de fraternité qui ont succédé à la division alarmante qui séparait les divers ordres de l'état, il fut décidé d'imprimer une affiche comportant le rapport de l'expédition de cette armée en Dauphiné. C'est cette affiche que René Lugli a retrouvé dans les archives, et en voici la teneur.

Nous, Capitaines Penons de la Garde et Milice bourgeoise de Lyon, commandant tous trois, chacun une division de volontaires de notre ville, d'après l'ordre à nous donné par M. Imbert-Colomès, Echevin-Commandant, d'aller secourir non seulement la ville de Crémieu, mais encore les bourgs et villages voisins, nous sommes mis en marche la nuit du 29 au 30 juillet dernier. Etant arrivés à Ponchéri (Pont de Chéruy), sur les 9 heures du matin, avons arrêté un particulier muni d'effets volés.Nous sommes alors avisés qu'une troupe de brigands s'était portée sur la communauté des RR.PP. Chartreux et Chartreusines de Sallettes et que malgré l'argent qu'ils avaient déjà forcé ces Religieux à leur donner, ils étaient sur le point d'incendier leur monastère, nous avons cru devoir y faire parvenir une de nos divisions. En même temps, sur d'autres avis tout aussi affligeants pour le château et la paroisse de Varenas (Verna?), nous avons cru devoir y envoyer notre seconde division. Nous avons fait marcher la troisième, avec le prisonnier, sur la ville de Crémieu.

La division qui s'était portée à Varenas ne put arriver à temps pour empêcher que le château fut pillé et incendié, mais y trouvant encore les brigands qui venaient de causer ce désastre, il en fut arrêté vingt et un, tous nantis d'effets volés, et de poison. Ils furent conduits dans les prisons de Crémieu après avoir été reconnus par les habitants du pays pour des scélérats et des vagabonds.

La division qui s'était portée à Sallettes eut le bonheur d'arriver à temps pour repousser par la force, les violences qui avaient déjà commencées. Quinze brigands furent arrêtés et conduits aux prisons de Crémieu. Cette même division n'a cessé de couvrir le village de Sallettes pendant tout notre séjour en Dauphiné, ainsi que celui de La Balme et les autres lieux voisins.

La troisième division arriva à Crémieu au moment où les habitants allaient être victimes de l'esprit de pillage et de sédition entretenu par les brigands dont elle était environnée. Dans la journée qui suivit notre arrivée, il fut arrêtés vingt huit malfrats qui furent déposés dans les prisons de Crémieu. Les geoles se trouvant remplies, les officiers municipaux nous requirent de conduire ces hommes à Lyon, ce qui eut lieu sous l'escorte de trente six volontaires.

Le vendredi 31 juillet, les sieurs Monin, de Serrière et Morel de Trept sont venus nous prévenir que depuis le matin on voyait s'assembler, dans leurs environs, une troupe de ces malheureux, qu'ils avaient l'audace de faire marcher un tambour devant eux, qu'ils en voulaient non seulement au château du dit Serrière mais encore à leurs domiciles et à celui de M. Pécou. En conséquences l'un de nous se mit à la tête d'un détachement pour se rendre aux endroits menacés. S'étant porté au dessous du château de Serrières, il y stationna jusqu'à minuit, heure à laquelle il fut prévenu que les brigands remplissaient la maison du dit sieur Pécou, distante d'une lieue environ. Laissant une garde suffisante, il se transporte jusqu'à la maison, où il trouve à la porte deux sentinelles, l'une armée d'un fusil et l'autre d'une faulx. Leur ayant demandé ce qu'ils faisaient à pareille heure à la porte d'un bougeois, ils répondirent: "nous gardons les brigands qui sont à l'intérieur, si vous êtes des nôtres vous n'avez qu'à entrer", ce qui eut lieu sur l'instant. Ceux qui étaient à l'intérieur, au nombre d'environ soixante, firent feu de plusieurs coups de fusils et de pistolets sur l'officier en chef qui eut la chance de ne pas être blessé. Bientôt ils furent dispersés et les chefs, au nombre de quatorze, furent arrêtés et traduits à Crémieu à la pointe du jour.

Le samedi premier août, à l'arrivée des prisonniers , on fut instruits que la plus grande partie de cette bande s'était retirée dans la paroisse de Saint-Chef, et aussitôt l'un de nous marcha de nouveau à leur poursuite. Arrivé sur place, il trouva les habitants dans l'effroi et la consternation. La veille, après avoir arraché de force et déchiré les papiers de plusieurs particuliers, les brigands avaient menacé de venir bientôt brûler le village. La nécessité de calmer les esprits étant urgente, pour effrayer les coupables, l'officier fit publier au son du tambour, une interdiction de s'attrouper et de faire aucune violence, sous peine d'être puni sur l'instant. Il profita de l'effet produit par cette défense, pour fair saisir dans le hameau de Chamond, celui qui avait été indiqué par des prisonniers faits à Salagnon, comme étant l'auteur de coups de feu, à deux reprises, sur le commandant. Ce brigand avait reçu un coup de fusil sur les deux cuisses, et son aveu fait en présence de témoins ne laisse aucun doute sur son crime. Deux autres particuliers dénoncés pour avoir accompli des violences à Trept furent également arrêtés, ainsi qu'un quatrième convaincu de s'y être tenu en sentinelle armée d'un fusil. D'autres seditieux auraient pu être arrêtés s'ils n'eussent étés prévenus. Par crainte de surprise, le détachement passa la nuit à Saint-Chef, sous les armes, avant de repartir pour Crémieu en escortant les prisonniers. En traversant la forêt de Flosailles, des coups de fusils furent encore tirés sur le détachement, mais sans doute de trop loin puisque personne ne fut atteint.

Arrivés à Crémieu, tous les prisonniers ont été déposés dans les prisons, pour y rester à la disposition des Officiers Municipaux, qui nous ont témoigné toute la gratitude des bons services que nous leur avons rendus. Conformément à nos ordres, nous sommes repartis le 3 août.

Ont signé MM. Coinde, Chevalier et Roux, Capitaines de Quartier.

RETOUR ACCUEIL