THEUDERE LE BIENHEUREUX

Une sainte vie

C'est aux environs de l'an 500 que le cercle de famille du maître de la villa Assicia s'élargit avec la naissance d'un petit garçon que l'on prénomme Theudère.On connait mal cette famille , mais on peut remarquer qu'elle donne des noms latins à ses enfants, qu'elle appartient à l'aristocratie locale, qu'elle a élevé un oratoire dans sa propriété en raison de sa grande foi en le christianisme. Ces constatations prêtent à penser que son origine est romaine.

L'abbé Varnet, au 19 ème siècle, tenta de localiser précisément sa maison natale, ses recherches le conduirent à la maison de la famille Guiller située au pied du coteau qui domine le village. Cette modeste habitation, écrit-il, repose en partie sur des gros murs, qui par leur solidité et l'appareil des matériaux donnent l'idée d'un ouvrage romain. Les occupants lui désignent ensuite "sa fontaine", à quelques pas en amont, le long du chemin dit de la Vie Niuble. Cette fontaine, longtemps ensevelie sous la terre et la végétation, vient d'être remise au jour comme en témoigne notre photo.

Elevé dans cette famille pieuse, Theudère ressent , très jeune , la vocation de servir Dieu. Souvent prosterné sur les dalles de l'oratoire, il entend la voix du ciel l'appelant à la perfection. Ses parents lui destinent un riche patrimoine, mais voulant devenir un parfait disciple de Jésus-Christ, il se dépouille de tout en faveur des pauvres. Vers l'age de vingt ans, dégagé de tout lien temporel, il quitte sa famille pour rejoindre le monastère de Lérins, sur une ile méditerranéenne, où ont été éduqués la plupart des évêques de la Gaule. Afin de s'y faire admettre, et pour se faire guider et encourager, il choisit de consulter un ancien du monastère, Césaire évêque d'Arles. On rapporte que dès leur première rencontre les deux hommes se comprennent parfaitement, puis le prélat lui fait part de son souhait de l'élever lui même au sacerdoce. Le voyage de Theudère s'interrompt ici. Durant une dizaine d'années, il exerce la prêtrise avec une ferveur si grande qu'il fait l'admiration de tous.

Theudère doit être agé d'une trentaine d'années lorsqu'il revient à la villa Assicia, il y a dans la contrée des populations sans secours religieux, et c'est là qu'il doit, de préférence, dispenser ses dons. Guidé par une voix céleste, au milieu de la nature hostile du Val Rupian, à une demi- heure de marche du domicile familial, il élève un monastère dédié à la Vierge Marie. Plus tard des habitations viendront se grouper autour de cet établissement, une agglomération naîtra, ce sera Saint-Chef. Mais à l'image de Césaire son ancien maître, Theudère éprouve le besoin de s'investir dans de nouvelles fondations. Ce sera un monastère, sous le vocable de saint-Eusèbe, qui donnera naissance ultérieurement à la paroisse de Vasselin, puis une basilique dédiée à saint-Symphorien sur les bords de la Gère, du côté de l'actuelle Villeneuve de Marc, puis nous le retrouverons à Alaronne pour une église en l'honneur de saint-Pierre. Après quelques mois de méditation profonde au Val Rupian, il est appelé par l'évêque Philippe de Vienne pour une dernière mission.

Il éxiste à Vienne une coutume pieuse qui consiste à entretenir, hors des murs de la cité, un personnage d'une sainteté éminente, qui se livre à la pénitence et à la vie contemplative, dans une retraite absolue. On l'appelle le reclus, et il semble une citadelle qui protège la ville, nuit et jour. L'évêque Philippe, ayant à pourvoir à cette charge devenue vacante, jette son dévolu sur Theudère qui a déjà rempli le monde du bruit de sa sainteté. Ce dernier accepte et s'installe à la recluserie de la colline sainte-Blandine dans l'austérité, il y restera douze ans, jusqu'à la fin de ses jours.On lui rend les devoirs que la piété inspire et bien qu'il ait manifesté le voeux de reposer au Val Rupian, on s'apprête à l'inhumer près de sa recluserie.

Des miracles post-mortem.

Les prêtres s'avancent pour charger le cercueil sur leurs épaules et le conduire à sa dernière demeure, mais ils ne parviennent pas à le soulever de terre. L'étonnement gagne toute l'assistance. On se regarde, on s'interroge, on ne sait à quoi s'en tenir. Alors le vieux pontif qui préside la cérémonie se ravise et annonce qu'il sera porté à son monastère selon ses volontés. Aussitôt le cercueil devient si léger, qu'à peine on en sent le poids. Le cortège démarre après une dernière cérémonie liturgique. Des religieuses ont eut la pensée de fournir trois vases pleins de vin afin que ceux qui portent le corps puissent se rafraichir, le soir venu les récipients sont asséchés. Au matin on les retrouve pleins, tels qu'ils ont étés apportés, pour le plus grand bonheur des moines du Val Rupian arrivant au bivouac, harrassés par leur déplacement. Le troisième jour on atteint le village où se trouve la dizième borne millière, aujourd'hui Diemoz, où un aveugle retrouve la vue après avoir touché le voile qui recouvre le cercueil. Un autre miracle se produit sitôt que le cortège est arrivé au Val Rupian, où un paralytique privé depuis longtemps de l'usage de ses jambes peut se lever et jouir pleinement de la liberté de ses membres. On procède à la cérémonie de la sépulture mais il est tard et les ténèbres de la nuit envahisent les lieux, et l'on s'aperçoit que pour les dissiper, la quantité de cierges va être insuffisante. Un dernier miracle va intervenir, la cire se multiplie si bien dans les bras de ceux qui la distribuent, que l'on peut allumer un grand nombre de torches et achever la cérémonie funèbre au milieu d'une merveilleuse illumination.

Notes:

-1:-C'est Saint-Adon, évêque de Vienne au 9ème siècle, qui a rédigé la biographie de Saint-Theudère, avec près de quatre siècles de décalage. Une très sérieuse critique de ce document a été faite vers 1850 par le curé Varnet, et nous en avons tiré cette chronique.

-2:-Le jour dédié par l'Eglise catholique à la célébration de la saint Theudère est le 29 octobre.

-3:-Une chapelle dédiée à Theudère se trouve dans l'église abbatiale. Dans cette chapelle se trouve une fresque où le Saint est représenté portant son église dans la main droite, figuration également reprise sur le vitrail et sur la statue de l'autel ( photo).

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