TRADITION VIGNERONNE

Depuis la nuit des temps, Saint-Chef est un haut lieu vinifère, comme nous le confirment des écrits moyenâgeux où l'on peut lire: "les côteaux de Trieux et Crucilleux ne sont que roches et soleil où il se fait du vin, beaucoup et du bon...". Si la superficie occupée par la vigne a beaucoup diminué, il faut noter l'installation récente de plusieurs viticulteurs qui veulent subsister en perpétuant une activité ancestrale.

Aussi ce n'est pas un hasard si y survit la fête patronale des vignerons, dédiée, c'est inhabituel, à Saint-Valentin.On se perd en conjectures en cherchant les motifs de cette vénération, en effet, cet évêque de la ville de Terni (Italie) qui fut martyrisé par les romains vers l'an 273, est avant tout le saint patron des amoureux. Certains avancent que le bon vin rend amoureux et trouvent ici la raison qui a conduit Valentin sur le piédestal de Saint-Vincent. D'autres pensent que la date (14 février) marque la montée de la sève dans les ceps et le début des travaux de la taille de la vigne en vue de la prochaine récolte que l'on espère exceptionnelle. Aussi dédierait-on cette journée, avant la reprise du labeur, à Valentin qui, placé tout près du bon Dieu, veille à ce qu'aucun calamité ne vienne nuire à la vendange. Enfin une rumeur affirme que les cérémonies de Saint-Valentin que nous connaissons à Saint-Chef sont des réunions de tous les amoureux...du jus de la treille, qu'ils soient vignerons ou non, et justifie ainsi cette infidélité à Vincent. Une légende rapporte qu'un jeune vigneron du pays, très timide, amoureux fou d'une jeune fille du village voisin de Saint-Savin, lui avoua sa passion un jour où le vin l'avait grisé; le mariage qui s'en suivit le plongea dans un tel bonheur qu'il décida, entouré de ses amis, d'honorer dans un même élan, les vignerons dont le vin lui permit d'oser avouer sa flamme et Valentin qui veille sur les amoureux.

Ne cherchons pas à élucider les raisons de ce choix, il vaut mieux laisser une part d'incertitude et de mystère qui donne à cette tradition un cachet particulier. La fête a toujours lieu un lundi, et elle se déroule sous les auspices d'un président éphémère, et d'un vice-président qui lui succède l'année suivante. Les vignerons réunissent leurs amis, tous les amateurs de bon vin, les élus de toutes les instances locales, départementales, régionales et nationales, les représentants des grandes administrations, les préfêts et sous-préfêts. Selon un cérémonial immuable, on commence par un office religieux au cours duquel une brioche, curieusement appelée "l'homme", est bénie avec les outils du vignerons. Tous les participants sont invités à s'incliner devant les reliques de Saint-Valentin. Ensuite, pour montrer que l'on n'oublie pas les anciens, on rend une petite visite à la maison de retraite toute proche. A l'heure de l'apéritif, la municipalité convie tout le monde à un vin d'honneur, puis l'on pose pour la photo souvenir sur le parvis de l'église abbatiale (ci-dessus les participants à l'édition1982). Enfin on s'abandonne aux plaisirs de la table de longues heures durant, les chanteurs, les conteurs, rivalisent d'aisance... Enfin repus, on songe à se lever de table, non sans avoir partagé "l'homme" béni le matin, et en se donnant rendez-vous le soir venu autour d'une bonne gratinée, histoire de compléter agréablement une journée bien remplie et de se donner suffisamment de forces et de bonne humeur pour affronter une année de labeur.

La coupure entre les deux repas est mise à profit pour des dégustations nombreuses, placées sous le signe de la convivialité, de l'amitié, de la joie et du bonheur. Autant de plaisir pour une seul journée attire toujours un nombre de participants impressionnant, et la gente féminine, longtemps absente, y est dorénavant bien représentée.Longue vie à une tradition porteuse d'autant de valeurs si rares aujourd'hui.

Lors de l'édition 1981 de cette vénération, le sous préfêt de La Tour du Pin, Abdelhamid Benhalla, s'est présenté avec un parchemin finement découpé à la flamme et délicatement enrubanné, où figurait un poème de sa composition, dédié aux vignerons, et dont voici la teneur:

Amis chantons la treille et sa grappe pulpeuse

Louons nos vignerons, dégustons leur bon vin

Que célèbrent en choeur Saint Chef et Saint Savin

Et vivons l'allégresse de leur fête joyeuse.

 

Appelant sur vos ceps la protection rieuse

Du patron qu'on honore à la Saint Valentin,

Vous avez les faveurs de l'angelot taquin

Et la bénédiction de la gente amoureuse.

 

Le peuple vous sait gré des grandes réjouissances

Que vous offrez, pendant qu'avec beaucoup d'aisance

Vous gardez fermement toute la tradition.

 

Ce sonnet vous dira notre reconnaissance,

Que je traduis tout haut, au nom de l'assistance,

Hommage légitime à votre profession.

Abdelhamid Benhalla, né le 16 juin 1925, fut sous-préfet à La Tour du Pin de 1979 à 1982. Il participa aux festivités pour la première fois en 1980 et il apprécia tellement cette célébration traditionnelle qu'il revint l'année suivante avec ces vers. Il figure sur la photo de groupe ci-dessus, de 1982, à la gauche de Pierre Grataloup maire à l'époque, tout près du père May.

 

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