TRESORS et MAGOTS

Les Saint-Cheffois de vieille souche ont tous entendu parler de trésors ou magots mystérieusement enfouis dans la campagne locale. Le plus hypothétique semble être celui de Mandrin qui aurait été enterré au pied d'un chêne, près du chemin qui traverse la forêt du Gaillot-Candit, entre les hameaux de La Biousse et La Rivoire.

Le plus énigmatique est sans aucun doute le Veau d'Or. Cette effigie faisait l'objet d'un véritable culte païen, dans un oratoire qui aurait pu se trouver sur le versant exposé plein sud de la colline de Saint-Chef, au lieu-dit Le Creux de Veau, non loin du Château de Montcarra. La statue de l'animal serait encore dans les parages, à quelques pieds sous terre. Une autre version affirme que l'oratoire se trouvait à l'emplacement de l'actuelle église abbatiale ce qui génère une autre possibilité pour situer ce trésor: dissimulé dans la crypte que recèle notre monument historique ( sur la foi de documents paroissiaux que m'avait montrés, en son temps, le père Piéry, je prétends que cette crypte éxiste, bien qu'elle puisse être comblée de terre ou d'eau, ce qui en rend la détection très aléatoire). Enfin il m'a été rapporté qu'un réseau de galeries sousterraines relierait les châteaux de Montcarra, du Marchil, de Chapeau-Cornu, et de Saint-Chef, et que le Veau d'Or y serait dissimulé depuis des siècles, à une intersection de tunnels.

Dans son numéro 149 de février 1998, la revue "Trésors de l'Histoire" évoque des cités antiques disparues, dont la localisation et l'exhumation seraient du plus haut intérêt archéologique. De 62 à 61 avant notre ère, le peuple des Allobroges se souleva contre le pillage systématique effectué par les romains. Par l'historien Dion Cassius (155-235) on sait que Rome leur opposa tout une légion et qu'une importante bataille fut livrée près de la ville de Solonion (In Dion Cassius, XXXVII, 47, 48). Depuis, la trace de cette cité a complètement été perdue. Il se peut qu'elle fasse partie de la vingtaine de villes que les Gaulois sacrifièrent volontairement par le feu lors de l'invasion définitive du pays par les légions de César. La revue suggère que les vestiges pourraient être enfouis près de Saint-Chef, sous une colline de Salagnon, à moins que ce soit au Mont de Salagnon.

 

René Lugli, chercheur infatigable, a découvert trace d'une communication de M. Saint-Olive à l'Académie Delphinale concernant un trésor gallo-romain trouvé à Saint-Chef. En voici la teneur.

Le comte de Caylus qui s'était découvert une vocation d'archéologue, avait alerté les ingénieurs du corps des Ponts et Chaussées pour recueillir tous les débris des siècles de l'Antiquité que l'on trouvait dans le sol. Il se constitua une magnifique collection qu'il décrivit en sept volumes publiés entre 1752 et 1766. C'est du tôme V, page 289 à 296, que nous vient la connaissance d'un petit trésor sorti du sol de Saint-Chef, vers la fin avril 1760... Un de ses correspondants, M. de Portes d'Amblérieu, lui apprit qu'une vache au pâturage, touchant du pied un morceau de bronze qui sortait de terre, le fit tinter. Les enfants qui gardaient le troupeau, attirés par ce bruit, s'amusèrent à répéter ce son avec des pierres. Un paysan du voisinage dégagea la partie apparente et trouva un bassin, ou plutôt un plat rond. En continuant le travail, il découvrit d'autres éléments, et une quarantaine de pièces de monnaie romaines.

M. de Caylus s'empressa de demander à M. Portes d'Amblérieu d'acquérir ce trésor pour son compte. Dans son recueil, il dessina les objets qu'il conserva, et en fournit la description précise. Il s'agit de quatre plats ronds dont un très petit en forme d'entonnoir aplati dont le bord affecte l'aspect d'une crémaillère à larges dents. Deux plats ovales dont un long et creux pourvu de deux anses plates ornementées, avec le fond gravé au trait d'un poisson ressemblant à une carpe. Une patère, ou casserole ronde, non argentée, pourvue d'un manche droit, rond et cannelé, terminé par une tête de bélier. Une plaque dont les ornements ressemblent aux anses du plat au poisson. Deux cuillères à encens. Une coupe en cuivre très mince, très bien plané, fort cassant, reposant sur un pied court rempli de plomb et recouvert de cuivre; le métal de la coupe est semblable à celui des ressorts d'horlogerie par sa couleur et son élasticité, c'est un travail remarquable par la matière et par la manière dont il a été traité...

Ce trésor fut enterré sans doute vers le Vème siècle, à l'époque des grandes invasions qui suivirent la renaissance constantinienne, puisqu'une pièce de monnaie de cet empereur y a été reconnue.

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